Pékin conquiert les Etats africains

Délaissée par l’Europe, l’Afrique offre à la Chine une grande partie de ses ressources naturelles en échange de larges compensations financières, de projets d’aménagement du territoire et de modernisation des infrastructures.

Le 28 septembre dernier, 150 civils guinéens étaient abattus après avoir été enfermés dans le stade de la capitale, Conakry. Ce « dérapage » policier devait servir de menace aux opposants politiques et aux détracteurs de Dadis Camara, chef autoproclamé de la junte au pouvoir depuis le 28 décembre 2008, suite à la mort du président Lansana Conté. Trois semaines après la tuerie et malgré les menaces de la communauté internationale et de l’Union Africaine, la junte militaire et le Fonds International Chinois (CIF) négocient les contrats les plus importants jamais conclus sur le continent, relatifs au pétrole et aux minerais présents en abondance dans le pays. Le montant de ces accords devrait s’élever entre 7 et 9 milliards de dollars. En ligne de mire du CIF, les ressources en offshore du pays. Des réserves de pétrole immergées et inexploitées proches des côtes guinéennes. Pour ce faire, un protocole a été signé entre Pékin et la société pétrolière angolaise, Sonangol, qui a récemment mis en place l’exploitation de ses propres ressources offshores. Si c’est une bouffée d’air frais pour la junte guinéenne, le marché pourrait s’avérer être un monopole absolue pour la Chine dans ce pays montré du doigt par les puissances occidentales. La méthode est déroutante mais déjà vue, tendre la main aux pays mis aux bancs par la communauté internationale, et rafler les marchés.

Une realpolitik assumée

En 20 mois, 31 des 53 pays africains ont reçu une visite économique d’un officiel chinois. Et si la présence chinoise en Afrique n’est commentée que depuis quelques années, elle est en réalité beaucoup plus ancienne. Dès 1950, la Chine populaire de Pékin multiplie ses relations avec le continent noir. L’enjeu n’est pas encore économique mais diplomatique. En soutenant le processus de décolonisation, la Chine tisse des liens avec les premiers Etats africains indépendants. Ainsi en 1971, grâce, notamment au vote de 26 Etats africains, la Chine populaire est admise aux Nations unis à la place de Taïwan, le régime pro-occidental des nationalistes chinois réfugiés sur l’île. A la mort de Mao, l’intérêt chinois pour l’Afrique diminue mais reviendra rapidement pour de nouvelles affaires avec ce continent. Depuis 10 ans, le commerce sino-africain a été multiplié par vingt, dégageant désormais près de 55 milliards de dollars par an. Si tous les Etats africains ne sont pas encore conquis, la Chine ne s’impose aucune barrière. Elle n’hésite pas à commercer avec des régimes ostracisés et contestés comme ceux de Robert Mugabe au Zimbabwe ou d’Umar el Béchir au Soudan. Au contraire, l’isolement de ces pays à l’échelle internationale, lui offre un monopole apprécié sur l’exploitation du pétrole ou les ressources minières. En contrepartie d’un accès privilégié à ces exploitations, Pékin organise et développe les voix de communication, construit des routes et des chemins de fer, forme et emploie la population. Et si la méthode peut choquer en occident, la présence chinoise est appréciée en Afrique, les ingénieurs et les ouvriers chinois participent à la production contrairement à l’habitude qu’avaient laissé les précédentes entreprises occidentales. A force d’implication et de démarches controversées, la Chine est devenue le 3ème partenaire commercial de l’Afrique.

Pour aller plus loin – Des armes venues de Chine

Made in China. L’inscription est désormais courante en Europe, mais au Soudan, au Tchad, au Zimbabwe et au Rwanda, c’est sur les crosses des fusils et les manches des machettes que la signature nationale apparaît. A titre d’exemple, la Chine a exporté en 2005 pour près de 100 millions de dollars d’armes au Soudan, selon un rapport d’Amnesty International. Et même si elle refuse de fournir les chiffres de ses ventes d’armes conventionnelles depuis 1997, le Congrès américain estime que la Chine se placerait au troisième rang des fournisseurs du continent africain. Il faut dire que Norinco, la société publique chinoise d’armement, ne ménage pas ses efforts pour conquérir ce marché fructueux. La société enfreint régulièrement les embargos et les sanctions internationales comme dernièrement au Liberia, au Soudan ou au Zimbabwe, en 2008. Si Teng Jianqun de l’Association chinoise pour le contrôle des armes et le désarmement affirme que la Chine « impose un contrôle très strict de ses exportations militaires », que croire d’un pays qui refuse de communiquer les chiffres de ce commerce ? Malgré cette impertinence assumée face à la communauté internationale, la Chine s’est investie dernièrement dans différentes opérations de maintien de la paix en Afrique. C’est le cas au Liberia, en Erythrée ou en République Démocratique du Congo. Une participation pas si contradictoire qu’il n’y paraît. Car malgré son intérêt économique dans le commerce d’armement, la Chine se doit, cependant, de sécuriser les routes maritimes et l’implantation de ses firmes pour pouvoir faire perdurer ses affaires.

Parcelles à louer

Du pétrole au Soudan. Des minerais au Tchad. Des métaux tels que le Cobalt, indispensable à la fabrication de puces des téléphones portables, en République Démocratique du Congo (RDC). La Chine dispose d’un grand nombre d’intérêts économiques en Afrique et trouve sur ce continent énormément de ressources qui lui sont essentielles pour son essor. Il manquait cependant un élément à son tableau de chasse : l’agriculture. Pourtant, l’Empire du Milieu pratique la location de terrains cultivables depuis déjà 10 ans. Ses baux s’étalent la plupart du temps sur des périodes de 30 à 70 ans. Ce fût dans un premier temps le cas à Cuba, puis au Mexique, mais désormais les Chinois sont partis à la conquête des terres arables d’Afrique. En effet, les compagnies chinoises louent tout particulièrement des terres au Zimbabwe, en Ouganda, en Tanzanie… La Zambie et la RDC louent respectivement 2 000 000 et 2 800 000 hectares de leurs terres cultivables. L’International Food Policy Research Institute (IFPRI) estime, sans toutefois s’avancer, que ce marché rapporte entre 20 et 30 milliards de dollars aux principaux investisseurs : la Chine, la Corée du Sud, l’Inde et les Etats du Golfe. Acheter des terres étrangères pour ainsi nourrir sa propre population est une conséquence de la mondialisation. Cette implantation d’étrangers sur le continent noir a bien sûr des effets bénéfiques. Elle rapporte de l’argent aux Etats africains, du savoir-faire et évidemment, la technologie. Mais il existe aussi des effets pervers. Le Soudan, un des exemples le plus caractéristique, est réputé pour les famines que sa population subit. Il loue pourtant 1 500 000 hectares de ses terres à des étrangers.

Article réalisé conjointement avec Victor Guilbert dans le cadre d’un magazine étudiant.

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